Scandale : où est allé l’argent du recyclage

Pas de panique, cette histoire de corruption ne touche pas l’Hexagone mais une province du Canada, l’Ontario. Cela faisait les gros titres la semaine dernière, il semblerait que les automobilistes qui ont payé leur écotaxe pour chaque pneu acheté auraient en fait financé tout autre chose que son recyclage.

Voici une traduction de l’article posté par le journal The Star ce 9 janvier 2016.

La taxe de recyclage des pneus

Un peu comme en France, l’Ontario impose depuis 2009 une écotaxe sensée financer la valorisation du pneu en fin de vie. Si nous payons 1,25€ par pneu en France, nos cousins canadiens (du moins dans la province de l’Ontario) doivent honorer une surprime de 4,25$ par pneumatique tourisme.

Des fonds détournés à un autre usage

Une journaliste a vérifié la gestion des millions de dollars accumulés dans les caisses de cet organisme et a eu de drôles de surprises en découvrant notamment que son conseil d’administration avait dépensé la coquette somme de 16 104,00$ en trois jours pour une « réunion », que l’on sait bien arrosée. Les relevés de carte de crédit ont révélé que ces derniers étaient de grands amateurs de vins fins, de cocktails, … le tout dépensé autour d’une table, à discuter de pneus et de recyclage. Et ce n’est qu’un cas isolé parmi bien d’autres.

D’autres dépenses extravagantes n’ont pas manqué de choquer Moira Welsh lors de son enquête : croisières, dégustation et visite de vignobles, pourtant ces dépenses n’ont pas semblé déranger Glenn Maidment, président de cet organisme de gestion des pneus usagés. « Je ne suis pas mal à l’aise avec la nature de ces réunions, pas plus qu’avec celle des repas ou des dépenses d’hébergement. Toutes ces choses, je pense, étaient justes et raisonnables. »  Un menu dégustation de cinq plats, avec 10 bouteilles de vin (2.023 $), plus les hébergements à l’Hôtel Prince de Galles (2.200 $), rien que du « raisonnable »…

Dans certains cas, les dossiers montrent que l’argent a été utilisé pour des dons politiques, pratique plutôt inhabituelle pour un organisme créé par le gouvernement. « Ce sont de modestes contributions en vue de soutenir le processus démocratique » s’est expliqué Mr Maidment.

Pas de transparence

Malgré les sommes colossales gérées par ce programme (quelques 80 millions de dollars), la journaliste en charge de cette enquête, Moira Welsh, déplore le fait qu’il n’y ait pas de supervision publique. Et en bout de ligne, ce sont les consommateurs qui financent ce programme, à raison de 4.25$ par pneu mais de 5,45$-5,84$ / pneu de pick-up ou de 4×4.

Si l’on considère que l’on doit recycler plus de 12 millions de pneus en Ontario par année, le calcul des sommes engagées est vite fait, ce sont bel et bien des millions qui circulent, millions entièrement financés par les automobilistes.

Si l’enquête est toujours en cours, les faits n’en restent pas moins dérangeants. L’organisme s’est défendu notamment en soulignant que le conseil d’administration est « composé de bénévoles hautement qualifiés qui ne reçoivent aucune rémunération ».
De quoi s’interroger sur la notion de bénévolat dans le cas présent …

Si vous souhaitez en savoir davantage, voici l’article du Star qui a servi de source à ce billet : www.thestar.com/news/canada/2016/01/09/ontario-tire-recycling-fees-fund-boozy-board-dinners.html
recycler pneu street art